28.11.2008
Chappe de plomb
A l’approche de la gare Saint-Lazare et de ses gens gris, j’ajuste mon i-pod. Dans les couloirs de la bulle, je pratique le shoegaze. A tout prix éviter de regarder dans le blanc des yeux les banlieusards enfiévrés, lesquels galopent vers d’obscurs bureaux du boulevard Haussmann. J’écoute Lithium trois fois et Do-Re-Mi deux. Je me construis ma propre bulle, c’est si bon.
Le soir, galerie Chappe. Des photos de Kurdt Kobain. Pas loin c’est La Halle Saint-Pierre, l’Art Brut. Définitivement, Nirvana, c’en était.

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27.11.2008
Blog gloubi-boulga
L’autre jour, une trentenaire (ce qui implique : vote centre-droit, rentre du boulot en roller, mange des bonbons devant Direct 8) me parle de son blog et me dit :
Il n’y a que dans un blog qu’on peut se permettre des jeux de mots minables qu’on n’a pas envie de garder pour soi juste parce qu’ils sont minables !
Moi : Ah… Du genre ?
Imagine cette blagounette dans un journal littéraire : « C’est l’heure de la tonte des moutons, c’est l’heure de parler de Michel Foucault. »
Ah… oui, d’accord… je crois que je vois ce que tu veux dire par là…
Mais je ne veux rien dire par là !
Ah oui, d’accord…
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1. Apprentissage de la solitude.
2. Découverte que c’est une fin en soi pour les trentenaires.
3. Ne plus jamais revoir cette fille ni aucun trentenaire.
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Ouaih, je suis rentré chez moi en respectant la chaîne du froid
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26.11.2008
Nu sous les gants
Accoudé à la rambarde de mon balcon, nouvellement reverdie de fentes de pigeon, je cherche à voir clair dans les notes qui trouvent à m’atteindre, venues de l’intérieur de mon appartement, et qui sont celles d’une future chanson de MONDRIAN (http://www.myspace.com/popmondrian). Je fais tourner la chanson en boucle et l’écoute de manière différente à chaque fois : parasitée par la vaisselle en train de se faire, la douche en train de se prendre… ou même les voisins se foutant dessus !
C’est de l’insolite que viendra l’idée de génie, celle qui fera d’une chanson bateau une chanson bâtarde. D’une chanson métrique une chanson asymétrique, d’une chanson régulière une chanson singulière.
Avec Morning Crash, la deuxième moitié de MONDRIAN, et la première en qualité de composition, nous aimons faire à chaque fois autre chose. Nous remettre en question, si vous voulez, toute modestie rentrée ! Et nous avons été confrontés à quelque chose de nouveau en la matière : l’impossibilité de finir une chanson. The gloves reste jusqu’à maintenant une poignée d’eau. On a beau avoir toutes les parties, elle nous échappe encore. On se bloque véritablement à un mur.
C’est une chanson tout ce qu’il y a de plus bête, dans la lignée des pop songs de R.E.M. période Green. Le riff de guitare est entraînant, on a envie de taper dans les mains. D’ailleurs, c’est ce qu’on a essayé de faire. L’idée de la baptiser The gloves m’est venue en entendant les claps sourds que nous avions enregistrés. Et Dieu seul sait que nous nous étions escrimés à faire sortir de notre Shure SM-68 le plus quintessencié de ses sons.
Ça fait bientôt 6 mois que cette chanson a été remisée dans les tiroirs. Ensuqués près d’un bon feu de cheminée que nous réanimons à tour de rôle, mâchonnant une pipe d’un air pataud, nous en reparlons comme notre Trafalgar. A défaut d’avoir l’étincelle, et la flamme pour porter cette chanson vers son Olympie, nous restons hypnotisés par les flammèches de l’âtre et, en gentlemen farmer de circonstance, devisons sur notre modicité face à ces phénomènes qui nous ramènent à notre condition d’humain.
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25.11.2008
Si-six, c'est moi
J’ai précisément attendu mon sixième article, le six étant mon chiffre, pour me présenter.
Les professions de foi « d’un caissier de grande surface » ou « d’une infirmière en hôpital gérontologie long séjour » pourraient, au lieu de consommer du papier et envahir les rayons des Relay, n’être que blogs, modestement.
Voici Tableau de chasse : le blog modeste d’un jeune homme qui porte en lui la foi de faire de la musique sa profession.
Roman Oswald, le 25 novembre 2008.
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24.11.2008
Les obscurités élégantes
On ne trouve rien sur Google quand on se prend soudain de passion pour la véritable Nadja (Béatrice Wanger), quand on veut avoir la preuve que les punks se sont pris pour des Huns parfois (« la nuit du chaos »), quand on veut savoir si Fifi Martingale de Jacques Rozier ou Va dire au lac de patienter de Jean-Louis Bory existent vraiment. Car l’on ne convoite que ce que l’on ignore.
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J’en oublie…
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Rejoignez dès maintenant l’amicale fraternité dans l’exploration des « obscurités élégantes », dixit Boileau.
P.S. : tiens, je n'ai pas parlé musique aujourd'hui... Allez donc, à l'occasion, jeter une oeillade sur le Myspace de Werther or Stavroguine (http://www.myspace.com/wertherorstavroguine), une sacrée obscurité élégante, ah ça oui!
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21.11.2008
Une de ces histoires qui tient sur une cassette de 60
Je traverse sans
m’attarder une brocante rue Sainte-léonie. Un gus vend au tout-venant des disques pirates. Je m’arrête, tout de même – ça s’appelle pas pour rien Tableau de chasse ici… Je tombe sur une énième compile de Daniel Johnston. Plus loin, rue de Fleurus, des photographies argentiques avec inclus bien sûr les phantasmes d’images de fantôme – hé Jujube, tu me prends pour un cave ou quoi… V’la-t’y pas que je tombe sur une de je-vous-le-donne-en-mille : notre cher Daniel. Là-dessus, quai Malaquais, je trouve une bio de Dani (une intimité est créée désormais) dans la boîte d’un bouquiniste spécialisé dans la danse dixit, allez comprendre. Tout ça, dans la même journée !
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20.11.2008
Un dimanche à la campagne
La route départementale est bordée de couronnes de fleurs. Je mets The Kingsbury Manx. C’est pour moi une source inépuisable d’apaisement. Mes mains se délassent sur le volant de la voiture. Je traverse une région de la France où les éléments naturels et leur volumétrie décident de l’organisation de la journée. Il n’y a que lorsque je suis ici que j’attache de l’importance au temps. Aujourd’hui, ça présente sous un jour favorable. Une chance.
Il y a ce voisin un peu simple qui fait jaser. Si Gustave n’était pas là, le village serait réduit à parler uniquement de la pluie et du beau temps, si beau temps un beau jour subsiste. Après "Le Jour du Seigneur" qu’il s'en va regarder chez sa tante célibataire, il se dépêche de rentrer. Il a un vélo qu’il a amené avec lui, mais il ne l’enfourche jamais, il préfère courir à côté.
J’attends l’heure où il va passer devant la fenêtre de ma chambre. Il a pris l’habitude de pisser contre notre mur. Cela se passe au moment où l’émission dominicale de Michel Drucker nous a mis en condition pour une sieste post-digestive. J’ai ma théorie sur l’élection de ce mur par Gustave, et je la garderai pour moi. Je fais attention à tout quand je m’ennuie ferme. Je sors Sketches of Spain de son étui plastique. Il n’y a qu’ici que je goûte les vinyles. Là aussi, vous comprenez bien, je tairai le pourquoi de la chose.
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19.11.2008
La beauté du diable des Kid Bombardos
Ces temps-ci, je m’accorde régulièrement une réflexion avec les Kid Bombardos pour sujet. Ont-ils sorti le meilleur single depuis Smells like teen spirit ? I round the bend est-il le gimmick que tout guitariste rêve de tirer de sa Télécaster, certain avec d’une retraite sous les Tropiques. Il n’y aura peut-être pas d’après-I round the bend. Je me demande souvent si l’on se sent coupable de commettre un tel morceau, et si l’on peut ressortir indemne d’une chanson qui écrase toutes les autres, celles des autres d’une part, mais aussi, malheureusement, les vôtres, je veux dire les leurs, à ces kids touchés par la grâce, par la pureté des premières créations qui racontent déjà tout de vous…
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On ne permettra jamais à Nadia Comaneci de grandir. Quelques rotations aériennes plus tard, son image était cristallisée. Agée de quatorze ans toute sa vie.
On niera toujours en bloc les esquisses de Colombe Blanchet, et tout ce qu’on pourra encore ramasser ici et là qui aurait fondé le second roman d’Alain-Fournier. Finalement, c’est un peu comme si Le Grand Meaulnes n’avait jamais existé. Il s’est fait tout de suite, entité abstraite, rêve.
18.11.2008
Les jambes de Denise Glaser
Improvisations autour de Denise Glaser
Ou Les improvisations étaient-elles autrefois aussi impromptues ? Pourquoi Denise Glaser ? Que représente-t-elle pour un jeune homme du XXIème siècle ?
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Pour vous resituer le contexte, voici un incipit signé Albert Algoud : « En 1950, on dénombre à peine 6 000 téléviseurs en France ; Guy Lux s'appelle Maurice Guy et il est quincaillier à Asnières. En 1980, on compte 17 millions de postes, dont la moitié en couleur. Les pionniers de l'info télévisée fumaient tous la pipe ! Sabbagh, Darget, Desgraupes, Dumayet, Lazareff... Sans doute une soupape à l'angoisse du direct, qui était la règle. Les cervelles fumaient aussi, car tout était à inventer. Ainsi, en 1957, Aimée Mortimer, quinqua au généreux corsage, anime « L'école des vedettes » et propulse Johnny vers une gloire sans fin. Denise Glaser, hiératique vestale cathodique, officie dans le confessionnal blanc de « Discorama ». En génial provocateur pataphysicien, Averty avec ses « Raisins verts » irrite les bien-pensants. En 1960 s'ouvre le chantier des émissions pour la jeunesse. Un sociétaire du Français prête sa voix à Nounours. Dix ans après déboule Casimir. Le dinosaure incarne la rupture avec des programmes révolus. »
C’est ce qu’on appelle la télé de papa. Comme vous vous souvenez il y eut le cinéma. Que chacune des nouvelles vagues informées se devront de balayer. Discorama de Denise Glaser : toute une époque, dirait-on.
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Je cherche toujours celle qui écouterait mes silences.
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J’aurais pu parler du nez de Denise Glaser, qu’elle s’est fait refaire, pour correspondre à son idéal féminin, Barbara. Je parlerai de ses jambes. Je voudrais avouer ici une pensée qui m’est souvent venue en regardant le DVD made in INA : Denise Glaser faisant du pied à son invité. Faites entrer le fantasme du téléspectateur !
Dans ce décor minimaliste de la rue Cognac-Jay, les deux chaises spartiates recentraient le plateau du studio 4 autour des jambes de Denise Glaser. C’était un dialogue entre deux chaises où pied de nez, langue de bois et prise de bec n’ont jamais été d’actualité. Des jambes de pianiste, je dis bien. On parle souvent des pianistes et de leurs mains d’Orlac. Vous ne croyez pas que quelqu’un qui reste assis toute la journée ne fait pas un tantinet attention à ses jambes, aussi ? Je sais que Denise Glaser se rêvait en pianiste. Comprenez le jour où elle vit Barbara au Théâtre des Capucines, elle dut probablement se voir se rêvant. Des pieds à la tête, des jambes au nez en passant par les mains.
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Denise Glaser vécut rue du Pot de Fer. C’est une des rues, avec la rue du petit-musc, où l’on se laisse envelopper de nostalgie. Les vieilles pierres sont porteuses… d’une petite musique. Il suffit de les effleurer pour en faire sortir une, au choix. L’hiver, il y fait doux, le vent est légèrement salé et s’il vous arrive de vous perdre, vous trouverez toujours un café un peu éteint mais tout de même ouvert. Rentrez-y. Il est tenu par une petite grand-mère. Les tables sont recouvertes de nappes vichy. Elle vous sert un chocolat chaud sans passer votre commande, et vous confie derechef les clefs du propriétaire, le temps de faire quelques courses. Le temps de montrer votre gêne, elle pousse déjà son cabas dehors. Vous vous levez, et vous longez les murs croulant sous les affiches. Vous tombez sur une qui annonce un concert d’une certaine Barbara, Barbara écrit en tout petit. Une photographie de la femme en question montre une créature tout droit sortie d’un film de Fassbinder. Cette affiche est signée : « Ce soir, l’aigle nous a transporté, je suis encore sur un petit nuage, ta petite Denise ». Vous souriez, pourquoi ? La propriétaire des lieux revient, s’approche de vous et de l’affiche, passe de l’un à l’autre avec une brillance dans l’oeil, puis vous fait signe d’essuyer d’un revers votre moustache de chocolat chaud.
Plus tard, bien sûr, vous cherchez à y retourner, dans ce café. Mettre dans la confidence quelqu’un qui comme vous comprend ces choses-là. Vous avez beau mitrailler tout le quartier de vos pas de plus en plus lourds, tout baliser derrière vous, vous ne retrouverez jamais ce café. Tout n’est qu’encaissement, obstacle et cul-de-sac. Celle qui vous accompagne ne dit rien et vous suit docilement, mais pas pour trop longtemps encore, vous le sentez. Vous préférez ne pas vous faire mal voir et accessoirement lui éviter d’attraper froid, parce que l’hiver est rude cette année, répète-t-elle. Vous vous en étiez étonné le premier, mais cette pensée, vous n’aviez pas voulu la partager. Vous croyiez que ce genre de phrases ne pouvaient engager à elles-seules une conversation digne de ce nom. Vous pensez maintenant que ce genre de phrases peut s’étayer de réponses différentes selon le lieu où vous vous trouvez en les disant. Décidemment, aujourd’hui est un jour où la certitude se voit révisée. Est-ce toujours ainsi quand une rue de Paris disparaît ? Vous pensez qu’il serait bon de se perdre un peu plus souvent, pour voir qui pourrait vous suivre et qui ne pourrait pas, qui engagerait une conversation de circonstance et qui en engagerait une autre que vous n’auriez jamais devinée…
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Sur « jesuismort.com », Denise Glaser n’est pas répertoriée… Y est écrit : « Elle n’est certainement pas morte ». Si seulement…





