28.02.2009
Un metteur en son sur son éperon rocheux
J’associe certaines chansons à des lieux. Puisque pour l’heure mon port est Paris, j’écoute La chambre renversée de Julien Ribot sur ce qui se rapproche le plus d’une corniche. Je l’ai d’abord écoutée square du Vert Galant. L’osmose ne pouvait se faire sur l’Ile de la Cité, presqu’île manquant d’exotisme, et où le son est couramment parasité par la vision affolante d’étudiants en Arts Plastiques pique-niquant sur le Pont des Arts. Confiant, je longeais les Quais de l’Horloge, de la Corse, aux Fleurs, de Bourbon et d’Anjou pour finir ma course square Barye. L’obligation morale de trouver un lieu pour cette chanson devint ma priorité en cette soirée à la douceur printanière. Et quand bien même, on m’attendait quelque part rive droite, dans un bar où la musique sert de cocktail à l’apéro. Madame de L’Ennui pourra toujours grignoter quelques coupe-faims en m’attendant. Pour le moment, j’avais l’illusion d’admettre Paris dans sa localité et cela me remplissait de joie. Il existe un nombre considérable d’équations où les inconnues sont zéro. Je sentais dans le fond de l’air que les éléments viendraient m’épauler. Dans le ciel, des couleurs se battaient pour venir au monde ; dans la mer, des couleurs se mélangeaient pour renaître au monde. Arrivé à bon port, j’enclenchais derechef mon ipod. Satori ! Au risque de paraître ridicule, j’exécutai une danse de complaisance, avec pour objectif premier de m’auto-congratuler. Je savais en faisant cela que je pouvais m’attirer l’attention d’un de ces bavards qui attendent sur les bancs publics l’interlocuteur d’un soir. Alors, pour minimiser mon acte et le faire passer sur le compte de la folie, je fermai les yeux, devenant ainsi invisible. Je les rouvris sur un personnage hagard, de ceux qui aiment garder en bouche la glaire qu’ils auraient pu faire sauter au réveil. Entre personnes civilisées, nous ne nous encombrâmes point de mille politesses.
- Il y a autant à dire sur votre comportement que sur ma réaction contre votre comportement.
Là, il cracha son amie la glaire.
- Je viens à vous en vous tendant la main, cela faisait longtemps que je n’avais pas vu quelqu’un d’aussi satisfait de lui-même, et votre contentement est communicatif. Ça fait parfois du bien de s’en mettre dans l’ego.
Il me proposa d’aller boire un verre à l’Ebouillanté, un bar rue des Barres.
- J’ai perdu mon pélican, me dit-il après que avoir entamé une deuxième tournée de Guinness. C’était un pélican que m’avait offert l’écrivain Ange Bastiani.
- Ange Bastiani ? marmonnais-je.
- Vous le connaissez peut-être sous le nom d’Ange Gabrielli ?
- … Non, finalement, je ne crois pas le…
- Ou Zep Cassini ?
- Heu, non, je dois être encore à me surestimer, après la danse, vous voyez…
- Et de Luigi da Costa ?
- …
- Ou Victor Marie Lepage ?
- Heu… Ah…
- Ou plutôt Victor Maurice le Page, Victor Saint-Victor… Vic Vorlier, alors ?
- Bah, toujours pas…
- Et Maurice Raphaël, ça vous dit peut-être quelque chose ?
- Ah, ça y est, j’y suis, Maurice Raphaël, oui oui, je le remets bien là, ah bah ça alors, non de noms de plumes ! Qu’est-ce que j’ai lu de lui, quelque chose avec le mot sel dans le titre, ah, je l’ai sur le bout de la langue, ce satané titre…
- Reprenez une gorgée de votre nectar, je continue de croquer mon histoire. J’ai connu tous ces écrivains qui n’étaient qu’un une nuit où ayant trop bu, l’écrivun pluriel voyait double et m’avait pris pour son autre. Direction toutes les antres à boisson encore éclairées de l’Ile Saint-Louis, partout haranguant à qui mieux mieux : « Je constate que les hommes n’ont plus vraiment soif ». Par soif, vous comprenez, il signifiait curiosité. C’est pourquoi je suis venu vers toi, jeune homme aux longs cils de fille. Je suis curieux de comprendre : tout à l’heure, en dansant, tu m’as fait penser à mon pélican. Va-t’en m’expliquer pourquoi, hein ?
- Je ne pourrais vous dire exactement, m’sieur. J’écoutais une chanson, j’étais plutôt heureux, enfin content de moi-même, je sais c’est pire, enfin, il y avait là un espace, le square, où je… où tout… bon, je m’explique mal, mais je… danser, c’était à ce moment-là la meilleure manière de sentir, de répondre au beau que j’avais créé… la musique associée à … vous me suivez, un peu ?
- Oui, s’exclama-t-il d’une voix blanche, détimbrée. Ecoute, je crois que je vois tout à travers ce pélican, comme toi tu ne réussis à voir clair qu’en trouvant la musique en toute chose. Ça doit être ça, l’idée, hein ?
- Pourquoi pas, oui ! Enfin…
- Allez, à la tienne, galopin !
- Bon bah, à la vôtre, m’sieur !
On devisa longtemps, le temps d’oublier mon rendez-vous rive droite et Madame de L’Ennui raclant sa troisième coupelle de Curly. Voilà, hier, j’ai revu cet homme dont le nom m’est resté inconnu, alors que précisément je traversais le Pont des Arts vidé de ses étudiants en Arts de tous poils. Il maniait nonchalamment la barre d’un trois-mâts. Le nom de cette goélette : Le pélican. Je cherchais vite sur mon ipod la chanson de Julien Ribot, mais La chambre renversée n’y était plus. Jusque-là, je ne l’avais même pas remarqué. J’en ai mis une autre mais tout de suite je me suis senti un peu honteux. C’était celle-là et pas une autre, voyons ! L’adéquation est irremplaçable, tant il existe un nombre considérable d’équations où les inconnues sont zéro.
27.02.2009
Far as we can feel Felt
Le sérieux est un travers que j’ai conservé quand il est question de consulter la carte d’un restaurant ou d’élire la meilleure UK pop song des eighties. Je crois qu’un groupe comme Felt avec Rain of crystal spires, à mettre sur le même plan que le In between days des Cure (1986 pour les deux), vaut qu’on garde son sérieux. Restons sur Felt car ce n’est pas un groupe que l’on traite à l’heure de loisir. Le leader à la voix de vieux Lou ridé serait un dénommé Lawrence Hayward… Si, sur ce coup-là, j’exige de vous la plus petite attention, c’est parce que j’ai envie que Felt soit récompensé d’un regard profond sur son œuvre. Aussi, pour plus de renseignements, contactez : http://www.adriandenning.co.uk/felt.html, http://www.inside-rock.fr/Beautiful-Losers.html. Ou écoutez une bonne partie de leur discographie sur Deezer : http://www.deezer.com/#music/artist/8219.
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26.02.2009
L’espiègle agile est une espèce fragile
J’entends vaguement le gérontophile du Ed de la rue Brézin harceler un cabas avec une petite vieille tractant, je lis et relis pour être sûr de ce que j’ai lu qu’Orlan aurait été subventionnée par le Ministère de la Culture pour faire de son « visage » une « œuvre d’art », j’apprends que la berthe désigne à la campagne un grand vase en fer-blanc ou en cuivre rouge étamé qui sert au transport du lait que l’on vient de traire (à reprendre dans Le tétaire), je surprends un chien customisant de sa bave les mocassins d’un présentateur télé en haut de la rue Montorgueil, je découvre Knowledge comes with death’s release de The Nomads grâce au blog Inside Rock, je dévisage Sainte Catherine de Sienne par Tiepolo sur Google Image, je me sauve pour ne pas servir de témoin dans un accident de voiture ma foi fort peu pyrotechnique non loin du Passage Vivienne, dans le métro je taille le bout de bavette avec une mama africaine qui a attaché sa progéniture dans le dos à l’aide d’un foulard en percale et qui donc s’est assise de côté, je fais un rêve tissé de serpents le mercredi 25 février 2009, je suis réveillé par ma sonnerie de portable qui suraïgufie le riff de Starman un jeudi 26 février 2009.
| Tags : roman oswald, rue brézin, passage vivienne, rue montorgueil
25.02.2009
Erreur sur la personne
Vous êtes passager d’une voiture familiale pour jeune budget qui d’ordinaire vous aurait fait monter le sang au front, le ciel est d’un violet qui s’empire et vous avez un peu trop bu de liqueur de mirabelle durant le digestif chez vos beaux-parents qui s’est prolongé au-delà des 17h bien tassées, bref il fait presque nuit et vous roulez dans une voiture de Français moyen avec un air de franchouillard rubicond. Question super banco : quel CD vous tombe sous la main ?
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24.02.2009
Croque-livres
Qui se souvient de la collection « Le Croque-livres » chez Casterman, qui repiqua quelques titres des collections (sibyllines) « Funambule » et « Farandole » ? 78 livres parus entre 1981 et 1988 dont Gilles de la lune par Carme Solé Vendrell ou Un crocodile quitte le Nil d’Hermann Alienburger ? Chaque fois que j’étais bringuebalé dans ma poussette direction la librairie de Courbevoie, à peine entré, j’étais dévoré par l’envie de découvrir la nouvelle parution de cette collection soignée. Ma vie se divisait en deux parties équitablement proportionnées, et toutes les deux harmonieuses : lecture d’un croque-livre, écoute de la k7 tirée du spectacle musical pour enfants sur la vie de Marco Polo. La collection « Le Croque-livres », c’était l’assurance pour mes parents de ne pas avoir à s’occuper de moi. Tout hyperactif que j’étais, je me changeais en statue de sel avec Pépé loup de mer dans les menottes. Ah, j’ai besoin de prendre de la hauteur pour me ressouvenir…
Sur le 45 tours d’époque, en plastique rouge : Emotional rescue des Rolling Stones (j'ââdôôre la période discoïde des Stones!).

23.02.2009
Le sort que l'on réserve à l'Est
Je viens de découvrir ThE BeWiTcHeD hAnDs On The tOp Of OuR hEaDs et ce tube hippie qu’est Birds and drums. Je viens aussi de découvrir qu’on peut pirater assez facilement les chansons myspaciennes. Assez troublant de se dire que l’on peut avoir sur son i-pod un titre sur deux illégalement téléchargé. Bon, ce qui est bien avec TBHOTTOOH, c’est que la mélodie est si entêtante que l’on n’a nulle envie de l’écouter jusqu’à épuiser toute sensation. Non, vraiment, Birds and drums annonce le printemps alors que l’on voudrait accéder directement à l’été, non, vraiment, je parie que Birds and drums vous fera fondre comme Calipo au soleil, non, vraiment, oubliez que nous sommes en février et écoutez les premiers émois de ces sept petit Remois un peu fêlés mais beaucoup ensorcelés.
22.02.2009
Un geek, un gig
Je crois que si j’étais cinéaste, je ferais énormément répéter mes acteurs, deux mois avant le tournage, puis les laisserais à eux-mêmes le mois précédent le premier clap, et prendrais ou la deuxième ou la troisième prise, pas plus. Je pense : ce serait osé un film réalisé rien qu’avec les premières prises. Comme un concert.
http://www.grosse-caisse.com/musique/mondrian
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21.02.2009
Les moufles
Même si le temps s’est adouci, je tiens à respecter une certaine tenue de saison. Je garde mes moufles. C’est drôle, à chaque fois que je prononce ce mot-là, je pense à « mouffette », peut-être depuis la lecture d’Asturias. Pour l’anecdote, j’ai appris je-sais-plus-où que c’était le livre de chevet d’Hervé Guibert. Bref. C’est fou comme avec ce blog je me distrais du temps qui passe. Peut-être vais-je me lasser assez vite, et retomber sous le joug de Maître-Temps… Pour l’instant, je suis comme Louis XVI qui, pour se distraire d’être roi, fabriquait des clefs et des serrures. Ça m’amuse ô-si-follement de poster chaque jour une humeur. Une humeur, c’est d’abord un mot. Aujourd’hui, j’ai choisi « moufle ». A propos, il faudrait que j’en dise un peu plus, voyons voir… Ah, voilà ! Je vais vous parler de ce à quoi j’échappe grâce à Tableau de chasse : Madame de L’Ennui. Madame de L’Ennui est d’instinct un moteur. Si elle me surprend, au hasard d’une rue du XIVème arrondissement, elle me remet automatiquement sur la droite route de l’éveil, déclinant une palette allant de la vraie curiosité retrouvée à l’intérêt maladif pour les mêmes actualités ressassées. Madame de L’Ennui, comme me le précise à l’oreille Tonton en manteau d’hermine, est une amie de longue date de la famille. On peut dire qu’elle en fait même partie même, me précise, en oubliant son Bescherelle, Tonton en manteau d’hermine. Merci Tonton en manteau d’hermine, je connais mes antécédents, que je lui rétorque. Là-dessus, je tousse de tous mes os, comme lorsqu’on fait lorsqu’on est gêné (il faut dire que Tonton en manteau d’hermine a beau porter des vêtements de demoiselle, il n’en reste pas moins imposant). Je pense immédiatement aux Académiciens : l’immortalité est un coup du sort. Comment trouver à se distraire à l’infini ? Je fais le calcul : si je m’étais pacsé à l’ennui dès mes 17 printemps, je devrais bien avoir déjà derrière moi une décade de concubinage. Je vis à une époque où l’on convertit tout en divertissement, donc j’ai pu trouver quelques moyens efficaces de tromper Madame de L’Ennui. Je vous passe ce que j’ai testé (comme la ****vision ou le **ort) jusqu’à maintenant où Tableau de chasse m’entraîne dans un compte à rebours permanent, passant d’un article sur Jérôme Attal à un article sur Jérôme Attal, d’un article sur MONDRIAN à un article sur MONDRIAN, à un article sur Werther or Stavroguine à un article sur Werther or Stavroguine, soit un blog où il y en a pour tout le monde et très peu autocentré sur ma petite personne, contrairement à tous les autres blogs présents sur hautetfort, racoleurs et putassiers. A bientôt avec le mot « arrosoir », dis donc, quel beau mot, ar-ro-soir…
PS: j'ai volontairement oublié de parler musique aujourd'hui. Je prolonge mes vacances en quelque sorte.
20.02.2009
Les habitudes
J’apprécie les habitudes quand elles ne me renvoient pas à ce que je suis avec trop d’insistance, c’est-à-dire un homme qui tient sur des habitudes, voire qui se tient grâce à celles-ci, et qui se tient se retient. Pour ne pas vivre entièrement : dans la surprise, la découverte, la rencontre de l’autre. Le pire manque de savoir-vivre serait de vivre sans vouloir savoir, connaître, apprendre. J’ai donc cette mauvaise habitude de visiter 27 fois par jour certains bouquinistes qui pratiquent le déstockage, d’y dilapider de rondelettes sommes et de finir le mois sur les rotules. Les habitudes assurent à ma vie une verticalité, à mon sommeil une horizontalité. Pour ce qui est de la musique, je déclenche une chanson toujours par l’accord de Do. En général, je le fais suivre par un La mineur. J’ai un méthode simple pour les chansons : si au bout d’un quart d’heure, je ne trouve pas quelque chose de solide, j’arrête. Ça fait pompeux de dire ça mais ça doit venir d’une nécessité intérieure. Triturer son instrument pendant des heures, ok si la base est là. Le trip Satriani ou même Sigur Ros, pas mon truc. Je ne suis que Roman Oswald, rien de plus. Je suis Roman Oswald, faute de mieux.
Mise en pratique : « Bar Mitzvah » = www.myspace.com/romanoswaldx.
| Tags : roman oswald, bar mitzvah, la mineur
10.02.2009
Communiqué
Très chères lectrices, très chers lecteurs,
comme demain j’entre en séminaire mondrianesque [http://mondriantheband.blogspot.com], je ne pourrais pas vous écrire avant perpét’, je vous laisse donc un
[extrait de journal]
Rattrapé par la crise - Peur de faire le pas de trop - Perdre et son acceptation - Lire une bio de Kant - Découvre la vie d’Alexandra David-Neel - Penser à : la modernité d’Hélène Bessette, au filtrage apaisant des loops de Vitalic, à du Pierre Tal-Coat, oui à du Pierre Tal-Coat tout le temps
pour tenter de faire passer le non-dit de mes articles quotidiens.
Bisous bisous, « et c’est ainsi qu’Allah est grand ! » comme disait l’autre.
| Tags : roman oswald, journal, tal-coat, bisous-bisous






