14.09.2009

Porcile

24.07.2009

Céline le libre penseur

"Bien bien, toutes vos idées sont bien jolies mais, quatre degrés ou cinq degrés de fièvre de plus, et vous m'en direz des nouvelles de vos belles idées", Louis-Ferdinand Céline, phrase définitive rapportée par Robert Le Vigan ici :

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28.05.2009

Un air connu

18h. Halte boulevard Raspail. Pensée pour Boris Schreiber. Il créchait là, juste au-dessus. Boulevard Edgar Quinet. Pensée pour Jean-Pierre Léaud. Il habite là, juste au-dessus. Antillas d’El Guincho à fond les ballons. Résiste à une pulsion pourtant presqu’irrépressible : les œufs pochés au bleu de brebis de Chez Papa. Rentre en salivant, tout de même ! Dévore un livre de Philippe Garnier acheté aux puces. Fante, Bukowski, Ginsberg… tous y passent ! Quand je décroche, il est 2h du matin. Je m'fais des œufs brouillés au Sancerre. A Tours, où je suis sorti du puits, c’est pas loin d’être l’heure des rillons. J’en ai pas sous le coude, manque de pot. Je m’finis au gorgonzola et hésite à me coucher. Eh bah tiens, non, un caoua et je m’en vais botter du macadam !

10.04.2009

L’expression corporelle des coupeurs de kebab

à Mehmet Aygun

 

 

 

On desservait au Byrrh des Abbesses. Après d’âpres hostilités, on ne put m’apporter qu’un œuf au plat que je nappais fiévreusement d’une couche de paprika. Le coup n’étant pas payant, je décidais de me caler l’estomac avec un grec-frites place Clichy. J’ai toujours été fasciné par la gestuelle des maîtres kebab. J’imagine un court-métrage où Jean-Pierre Léaud serait vêtu du costume réglementaire, toque et tout et tout, et évoluerait dans un ailleurs éthéré où frites grasses et sauce blanche s’accoupleraient dans un pain pita sortant du four… D’abord, il frotterait infatigablement les lames de ses couteaux de cuisine. Puis il entaillerait dans sa tranche le pain et le fourrerait d’un lit de salade, de lamelles d’oignons et de quelques rondelles de tomate. D’avance, j’en ai l’eau à la bouche. Vient le grand moment de la découpe de la viande à la broche. Tout en suivant le mouvement de la rôtissoire, glisser avec le coupe-chou sur la grillade de mouton. Les morceaux volètent un laps de temps inviolable pour toucher enfin terre dans la raclette de JPL. Là, regard face caméra (flegme), et plan descendant sur la maestria de notre cuisinier triturant la viande jusqu’à la rendre friable. Nous, les jeunes gens de la génération sandwich, le regardant faire, ébahis, ébaubis, ékebabis. Reste plus que la cerise sur le gâteau : le satinage de sauce blanche. Comme l’écrit Pierre Reverdy dans Le livre de mon bord : « La poésie ne mène à rien – à condition de ne pas en sortir ». Indubitablement, c’est transposable à l’art culinaire du döner kebap.

08.02.2009

JPL

 

Il ne se passe pas un instant où il ne se passe pas la main dans les cheveux. Je l’observe depuis tout à l’heure, et cela ne parait pas le surprendre. Il sait que je sais qui il est. Un ours vient vers lui. Bourrade virile pour le saluer. « Alors, le Jean-Pierre, toujours à sa place, hein… ah ! ». JPL écoute ce qui se dit au zinc. « Les grosses ne sont pas des femmes pour moi. Elles n’ont plus de sexe. » Il sourit par politesse en dodelinant. « Et toi, Jean-Pierre, qu’est-ce que tu dis ? ». « Oh, tu sais, moi je n’ai plus vraiment… de… désir… et puis, c’est comme si je m’étais promis de jurer fidélité à… ». Le répondeur filtre l’appel, la joyeuse compagnie passe à autre chose. Blond et pâle, un jeune homme s’assoit à la table de JPL. Vague air avec Hervé Guibert. Dehors, les éléments se déchaînent, au bar, les esprits s’échauffent. J’ai arrêté de lever la tête et me plonge dans mes documents. J’essaie de donner à l’étude un air de loisir. Une heure passe, tous les protagonistes ont quitté la place, excepté JPL et moi. Puis soudain je me lève, hésite et m’en vais. Reste sur le pas de la porte, hésite et mets mon i-pod. En longeant le café, je tourne rapidement la tête. Je rencontre le regard de JPL. Dans une oreille, j’entends Alain Souchon qui dit : « j’aime les hommes qui sont ce qu’ils peuvent ». Plus tard, mais toujours dans le jour, je vous écris cette lettre.

 

 

12.12.2008

Le petit Bourvil perdu (pas pour tout le monde)

 

 

 

Il n’y pas si longtemps, j’étais féru de Lacan. Puis j’ai changé. Chez moi, la passion se conjugue au pluriel et permute tous les six mois. Aventurier flibustier sans discernement, je mangeais-buvais-dormais Lacan. Puis j’ai douté. Il fallait que cela arrive, c’est signe de bonne santé. Si Lacan, lui, n’a jamais douté, alors le doute est un mensonge, me disais-je. Pourtant, Lacan n’avait qu’une chose à faire : l’inventer. Et il ne l’a pas fait. Pour mon grand malheur, pour le sien peut-être aussi, puisque je l’ai quitté, oui, j’ai quitté Lacan… pour Bourvil. L’image de marque en prit un coup. Un peu comme si un surdoué se suicidait avec une calculette. Pourtant, tout le monde disait de moi que je partais bien dans la vie. Si jeune et si peu radical… Ils se la sont prise en pleine tronche, ma radicalité : BOURVIL ! Ils ont d’abord crû à l’association redondante des mots « bourg » et « ville », sans remettre en cause leur interprétation. Il faut dire que pareil revirement de coutille surprend, à s’en crever les yeux avec des fourchettes en plastique, dis donc. Il n’est pas permis de rire de Bourvil-chanteur en ma présence. Le petit bal perdu, la tendresse, Bien si bien, Ballade irlandaise, Bonjour Monsieur le maître d’école, Les girafes : autant de chansons féeriques. Bourvil a la voix, de tous les chanteurs, qui me touche le plus. Il y en a comme ça quelques unes qui, lorsque je les entends à la radio ou ailleurs, m’obligent à stopper net toute activité : Serge Reggiani, Fanny Ardant, Michael Stipe, Hervé Guibert, Louis Jouvet, Mathieu Boogaerts, Jean-Pierre Léaud, Jeanne Balibar, Guillaume Dustan, Arletty. Je crois que la liste est complète. Celles-ci sont les voix « parlées ». Mais en voix chantée, rien d’important mis à part Bourvil.